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Introduction

Xénophobie, racisme, bâtir ensemble un monde vivable. Communiqué de l'Eglise protestante unie de France, 14 novembre 2013

► « (…) Et j'entends le cri de Dieu qui gémit, proteste et nous convoque »
(Auschwitz, 60 ans après... par le Pasteur Marcel Manoël, président du Conseil National de l'Eglise réformée de France)

Résister à l’indifférence : L’appel de la Fédération protestante de France à l’occasion de la visite du Président de la République au Chambon sur Lignon le 8 juillet 2004

Face aux discours racistes, xénophobes et antisémites, un appel à la résistance est lancé par la Fédération protestante de France, le 21 octobre 1996

 

par Monsieur Stéphane Hessel, ambassadeur de France

Parmi les défis que le nouveau siècle propose à nos sociétés occidentales il n'y en a ni de plus grave, ni de plus sournois que celui du racisme, de la xénophobie et de l'antisémitisme. Nous n'avons que trop facilement l'illusion que ces monstres d'un autre temps n'ont plus cours parmi nous. Que la France si cruellement meurtrière pour ses juifs du temps de Vichy, si méprisante à l'égard des peuples exploités par la colonisation, que celle des grands ports où se pratiquait la traite des esclaves, jusqu'à la fin du dix-huitième siècle, que cette France n'existe plus, qu'elle a disparu pour toujours et que ces vieux démons sont bien morts.

Détrompons-nous. Restons vigilants. Alors que les échanges humains se sont multipliés au siècle dernier, mêlant fort heureusement sur nos terres les membres de tant de sociétés différentes, de l'Est et du Sud, de l'Orient, de l'Afrique et de l'Asie, la tentation de projeter sur eux des stéréotypes négatifs n’ a pas disparu. Elle est au coeur de bien des rejets humains, bien des violences dégradantes.

Le plus crucial des messages du protestantisme français est celui qui nous commande de résister à une telle tentation. L'Autre, sous quelque forme qu'il se présente à nous, est d'abord un frère.

Le point d'exclamation qui suit le mot Fraternité dans le titre de la contribution à ce dossier du président Jean-Arnold de Clermont doit être pris pour un avertissement. Que ceux à qui ce dossier s'adresse y voient un appel insistant. Car dans ce domaine qui appelle l'investissement personnel de chacun, les textes sacrés, les lois de la République, les déclarations des droits humains ne suffisent pas.

Nous avons besoin de toute notre attention pour détecter, partout où il se niche, le mépris de l'autre, le manque de respect pour son identité, sa place parmi nous, lorsqu'elle est mise en doute ou en péril.

Chacune de nos églises, mais au-delà chacune de nos familles a un rôle à jouer dans un contexte en voie de transformation. Et d'abord pour comprendre les causes d'un nouvel antisémitisme, d'une nouvelle islamophobie, d'un nouveau racisme anti-noir.

La compassion que suscite en nous l'oppression que subissent en terre sainte les Palestiniens, oppression à laquelle une solution doit être trouvée en plein accord avec les Israéliens de bonne volonté, ne justifie en rien un moindre respect pour nos compatriotes de religion juive. L'horreur que nous inspire le terrorisme islamiste ne justifie en rien un moindre respect pour nos proches musulmans. Plus que tous, peut-être, les noirs qui vivent avec nous, compatriotes antillais ou immigrés d'Afrique subsaharienne, trop souvent victimes de discriminations sociales et économiques inavouées mais réelles et cruelles, méritent notre particulière attention lorsque la fuite de la misère ou de la persécution les chasse de chez eux et leur fait accepter chez nous des tâches souvent inhumaines.

Ouvrons donc les yeux et les oreilles. Ne faisons pas semblant d'ignorer les tensions que peut faire naître la présence dans un même lieu de communautés distinctes par leur mode de vie, leur culture, leurs origines, tensions que peut alimenter la diffusion instantanée d'informations sur ce monde déchiré, mais en réalité plus interdépendant et plus solidaire que jamais. Il est important de sentir, au niveau local, la présence de ces tensions, de savoir en parler avec ceux qu'elles risquent de troubler ou de déstabiliser, ouvrant ainsi la voie à toutes les formes de xénophobie.

Cette tâche s'inscrit dans la tradition de l'église protestante qui peut donner à tous ses fidèles une mission commune, exaltante, nécessaire : détecter les pièges du mépris et de la haine de l'Autre, savoir y résister au nom de la fraternité.